L’année 2020 a été une année unique pour les Enfants de la Goutte D’Or, évidemment, à cause du contexte sanitaire qui a affecté très profondément les activités, imposant des renoncements très dommageables mais aussi mettant en lumière la vitalité de l’association, sa capacité d’adaptation et son rôle clé dans les moments de difficulté comme instrument de résilience essentiel pour le quartier et ses habitants.

Au-delà des activités dont nous allons parler plus en détail par la suite, cette année de crise a permis en effet de mettre en évidence le rôle clé de l’action continue de l’association dans le quartier, auprès des publics. Ce travail invisible de présence et d’écoute attentive et bienveillante permet d’accompagner les familles et les jeunes dans leur quotidien et dans leurs parcours individuels, et d’effectuer un travail continu de repérage, d’orientation et d’accompagnement des plus fragiles. Pendant la crise traversée en 2020, cette composante de l’association a pris encore plus d’importance que d’habitude pour accompagner les familles face à une situation de crise pour rassurer, informer et accompagner. Ce travail est rendu possible par l’ancrage sur le terrain et une intervention dans la durée qui permet de tisser des liens de confiance. Il a aussi été rendu possible par la mobilisation des salariés qui ont assuré non seulement une permanence de présence mais aussi qui ont mené un travail de fourmi en allant chercher de manière pro-active les enfants et les familles via notamment des appels téléphoniques réguliers.

Partout où c’était possible, l’accueil du public a continué et ce dès le premier confinement, à un moment où peu d’acteurs restaient actifs dans le quartier.

  • Les activités habituelles ont été maintenues en adaptant bien sûr les formats au vu des circonstances, ce qui a permis d’assurer une permanence du lien avec les enfants et leurs familles. Ainsi, notamment, l’accompagnement à la scolarité s’est poursuivi via des binômes enfant-bénévole qui ont permis d’éviter le décrochage, en relation suivie avec l’Education nationale. La généralisation de la communication en « distanciel » a profondément transformé nos rapports et nos pratiques, mais permis de maintenir un lien étroit avec les familles.
  • Des initiatives exceptionnelles ont également été menées pour combler certains vides créés par cette situation :
  • Par exemple la création d’une « Librairie-papèterie-jeux éphémère » ouverte plusieurs demi-journées par semaine avec mise à disposition gratuite de matériel pédagogique pour les familles : livres, jeux éducatifs, petit matériel scolaire, photocopie de jeux et coloriages, papier brouillon, papier dessin, jouets, etc… Le fonctionnement adapté aux circonstances (RDV individuels, respect des gestes barrières et de distance sociale) a permis de prendre le temps pour sonder les besoins et difficultés rencontrées par chacun et chacune et prévenir et orienter au mieux en fonction des demandes.
  • A l’été 2020, l’association s’est adaptée pour offrir aux publics de nouvelles opportunités : camps sur place, stage de théâtre, sorties exceptionnelles, autant d’occasions de gérer utilement son temps libre et de s’extraire du quartier.

Malgré les circonstances, certaines activités se sont même développées et renforcées au vu de leur pertinence encore accrue par le contexte :

  • Les actions de prévention des conduites à risques avec les parents, les enfants, les encadrants, les partenaires : risques psychosociaux spécifiques au confinement mais aussi alimentation, sommeil, prévention des rixes, protoxyde d’azote, écrans/numérique, résistance aux pressions, relations abusives, harcèlement, précarité menstruelle et santé féminine, etc.
  • L’action d’insertion par le sport : permanence hebdomadaire au local foot pour l’accompagnement social de jeunes adultes du club sans ressource, dans une réelle précarité sociale qui les laisse en marge des dispositifs. Le 25 janvier 2020, une journée Insertion par le sport a d’ailleurs été réalisée avec succès dans le cadre de « Toutes championnes, Tous champions ! », en préparation des Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024.

Quelques évènements mémorables ont également pu être organisés, comme symbole de la permanence des activités : soirée lecture le 13 mars dans le cadre de la semaine du livre, spectacle de clôture d’un stage danse en juillet, défilé des enfants de l’atelier tricot-crochet aux Écuries royales de Versailles en septembre, ou encore la réalisation et projection d’un court métrage « La petite bête d’or » par l’atelier cinéma.

Un événement particulièrement marquant de 2020 a été la publication en septembre du livre « Paroles de parents - le pouvoir d’agir ensemble ». Ce livre est le fruit d’un travail intense d’écriture de la part des parents à l’occasion des 20 ans du groupe parents, groupe de paroles et d’actions. Les circonstances ont empêché de donner à cette sortie la visibilité qu’elle mérite mais nous espérons toujours pouvoir organiser très prochainement une soirée de lancement en bonne et due forme avec « signature » comme le souhaitent les parents-auteurs. D’ailleurs, le Groupe parents continue ses activités avec un nouveau projet « Goûtez ma cuisine », suspendu en mars, que nous espérons bien pouvoir reprendre dans un avenir proche.

Certaines activités, pourtant plébiscitées par les bénéficiaires, ont malheureusement dû être interrompues du fait de la fermeture d’équipements (tae kwon do, danse, théâtre). Mais, l’association n’a pas cessé de réfléchir et de se projeter dans « le monde d’après » et de préparer de nouveaux projets pour relancer la machine, encore mieux qu’avant, dès que possible. Un exemple parmi d’autres au football, activité fondamentale de l’association mais drastiquement réduite pendant la crise : cette période a été l’occasion de préparer la relance de la section féminine qui a longtemps fait la spécificité du club d’EGDO mais qui avait dû être arrêtée ; des projets ont été déposés pour valoriser ce travail au long cours, essentiel pour le développement de la pratique sportive et l’émancipation de ce public.

L’association a ainsi continué à se projeter dans l’avenir, à préparer un futur retour à la normale et à travailler sur les conditions pour permettre d’améliorer les conditions d’accueil et de travail sur la durée.

Ainsi, cette période de crise n’a pas interrompu les travaux de rénovation des locaux, financés par Paris Habitat/Ville de Paris et menés avec la participation de jeunes via des Chantiers éducatifs, dès l’été 2020. Ces travaux se sont terminés au printemps 2021 au siège et sont encore en cours au local foot et doivent permettre à l’association de bénéficier d’un espace chaleureux et équipé pour un meilleur accueil des publics et ateliers.

Également, le site internet, dont le fonctionnement avait été interrompu pendant une année à cause d’un piratage, a été remis en ligne et rafraîchi, offrant un instrument de visibilité et de communication évidemment fondamental pour l’association.

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Mais 2020 a aussi été une année d’inquiétude pour la pérennité de l’association à cause d’une situation financière dégradée depuis de nombreuses années qui a atteint un stade préoccupant pour la survie même de notre structure.

À ce titre, il ne faut pas se laisser tromper par l’impression favorable que peut laisser le résultat comptable légèrement positif de l’exercice 2020, car il est dû aux circonstances inédites de la crise qui ont induit des baisses exceptionnelles de charges en même temps que les activités se ralentissaient drastiquement. La réalité c’est que, malgré une très grande rigueur dans sa gestion administrative et financière reconnue par tous (comme en témoigne le résultat du contrôle URSSAF auquel a été soumise l’association qui n’a relevé « aucune régularité …. à l’examen des documents sociaux, comptables et financiers consultés », félicitations à l’équipe qui gère ces aspects pour l’association), la situation financière de l’association est structurellement très préoccupante, ce qui nous a conduits à convier en novembre 2020 un comité de pilotage avec nos partenaires historiques de la Ville et de l’Etat, afin d’échanger sur trois défis structurels auxquels l’association fait face :

  • Les ressources (humaines et financières) pour assumer les tâches administratives sont insuffisantes. Cette situation fait peser un poids démesuré sur les salariés en place et les détourne de leurs missions auprès du public. Cette situation est notamment aggravée par des processus de demandes de financement de plus en plus morcelés, peu clairs et parfois incohérents : plus de 30 demandes de financement sont nécessaires pour réunir le budget annuel. Cette situation induit des fragilités et des sous-efficacités dans l’organisation et crée une situation d’incertitude chronique qui empêche de se projeter sereinement dans l’avenir.
  • La plupart des salariés sont sur des contrats aidés, ce qui ne permet pas de leur donner des perspectives claires sur la durée. L’action de l’association demande pourtant de pouvoir s’appuyer sur des salariés expérimentés, formés, habitués au fonctionnement de l’association, légitimes auprès du public et ancrés dans le quartier. Une telle exigence est incompatible avec des contrats aidés et demande au contraire un passage à des contrats de droit commun.
  • Le budget de l’association est structurellement déficitaire malgré un niveau de dépenses à peu près constant ces dernières années. La diminution progressive des aides et subventions force à recourir tous les ans à des recettes exceptionnelles, c’est-à-dire sans visibilité d’une année à l’autre et pour beaucoup non renouvelables. Sur un budget annuel d’exploitation d’environ 425 000€, ces recettes exceptionnelles ont représenté environ 75 000€ en 2019 et autour de 90 000€ en 2020. Cette situation fait planer des incertitudes sur l’association et la force à mobiliser des ressources humaines importantes pour « courir » après ces financements exceptionnels disparates. Malgré les efforts déployés, le déficit structurel fragilise petit à petit les fonds propres de l’association qui représentent aujourd’hui moins d’un mois de fonctionnement et risquent de devenir négatifs à moyen ou court terme.

Si on veut encore une fois garder un esprit positif, ce processus est l’occasion de renforcer et d’intensifier nos échanges avec nos partenaires structurels de la Ville et de l’Etat. Suite au comité de pilotage organisé en novembre 2020, de nombreux échanges ont eu lieu avec la mairie du 18ème (nous avons été reçus par le maire, accompagné de ses adjoints et qui nous a témoigné l’estime qu’il avait pour l’association et son engagement à nous soutenir), avec la mairie centrale de Paris (une réunion avec les directeurs de cabinet des différents adjoints dont nos activités relèvent), avec la CAF (une réunion a eu lieu en mai pour identifier des pistes concrètes de financement) et de l’Etat (au travers d’échanges réguliers avec le délégué du préfet, Pierre Guillard). Ces échanges ont permis d’engager un processus qui doit être mené étape par étape et qui doit nous permettre d’aboutir, aussi rapidement que possible, à des solutions pérennes du point de vue financier pour répondre aux enjeux structurels présentés ci-dessus dans le cadre notamment du renouvellement des CPO de la Ville et de l’Etat. C’est la condition pour permettre à notre association de continuer à mener à bien toutes ses activités et d’assurer la présence continue dans le quartier dans des conditions permettant de maintenir l’exigence de qualité qui fait la marque de fabrique des Enfants de la Goutte D’Or.

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Pour conclure, je voudrais tirer un grand coup de chapeau à l’ensemble des membres de l’association.

Les salariés évidemment, dont le travail passionné fait vivre le projet ambitieux de l’association dans sa diversité et permet de le déployer malgré les difficultés et les fragilités structurelles. Leur acharnement au quotidien, et leur volonté de toujours se renouveler sont des moteurs fondamentaux de l’association à court et long terme. Cette année plus que jamais, où ils ont été bousculés dans leurs pratiques professionnelles, leur grande implication et leur réactivité a permis de s’adapter au mieux pour continuer à être présents et actifs tout au long de l’année sans discontinuer.

Un grand merci aux nombreux bénévoles, sans qui une structure comme l’EGDO ne pourrait pas fonctionner. Les bénévoles, c’est à la fois un apport quantitatif au service du public (dans une année normale, presque équivalent en cumulatif, au temps salariés), mais aussi et surtout un apport qualitatif qui les voit apporter la diversité de leurs expériences au profit du projet de l’association. Et cette année, leur énergie et leur disponibilité ont été un facteur clé pour nous permettre d’adapter nos interventions et d’atteindre nos objectifs en cette période complexe. Je voudrais aussi adresser une pensée amicale aux membres à risques qui ont dû suspendre leur bénévolat et avec qui nous restons régulièrement en contact, une génération qui a manqué aux petits de l’association.

Évidemment, nous voulons saluer les partenaires de l’association, en particulier les autres structures du quartier de la Goutte d’Or, et les remercier pour le travail en commun. La coopération est un élément moteur du fonctionnement de l’EGDO. Paradoxalement, malgré les difficultés inhérentes à la situation (par exemple l’annulation de la « Goutte d’Or en fête », moment de rencontre pourtant très attendu par les habitants du quartier), la crise que nous avons connue a favorisé la réactivation d’un travail inter-associatif et permis de retisser des liens pour une approche plus systémique de l’intervention sur le quartier.

Et je veux remercier les partenaires publics et privés, qui nous accompagnent depuis toutes ces années. Nos regards se tournent en particulier avec attente et espoir vers nos partenaires historiques que sont la Ville, l’État et la CAF, dont j’ai beaucoup parlé sous l’angle financier mais qui sont évidemment bien plus qu’un simple soutien financier, des partenaires clés avec qui la collaboration étroite sur le terrain est fondamentale pour l’atteinte de nos objectifs communs au service des habitants du quartier.

Et, bien sûr, un grand bravo aux enfants et jeunes qui ont su garder le cap et travailler dans des conditions matérielles souvent difficiles ! Et merci aux parents qui ont grandement contribué à faciliter les échanges et assurer les présences. Encore une fois, parmi les points positifs à retirer de cette situation, le renforcement du lien de confiance avec les parents et les familles est à l’évidence un fait marquant de l’année

Enfin, je voudrais conclure par une pensée émue aux membres et proches de l’association disparus en 2020 :

Nadia Djabali, Michèle Guillaumot, Pascal Benenson et Alain Morell,

ainsi que trop d’habitants du quartier, parents et amis de l’association qui nous ont quittés dans cette période difficile.

Merci à tous,

Henri Waisman,

Président de l'association des Enfants de la Goutte D'Or

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